La plupart des tombes impériales de Chine sont scellées derrière des tertres en pleine campagne. Yongling (永陵) est différent : c'est un mausolée royal posé dans un quartier animé, et l'on descend droit dans sa voûte de briques. C'est la dernière demeure de Wang Jian (王建, 847-918), un général devenu empereur fondateur du royaume de Shu antérieur, durant la chaotique période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes, ici même à Chengdu.
Qui était Wang Jian
Après l'effondrement de la dynastie Tang en 907, la China se divisa en États rivaux. Wang Jian, ancien soldat d'origine modeste, prit le contrôle du Sichuan et se proclama empereur du Shu antérieur. Son règne de onze années fut relativement paisible et cultivé : il protégea des réfugiés du nord, maintint les arts en vie, et fit de Chengdu un havre de civilisation de style Tang pendant que le nord était en guerre. Il mourut en 918 et fut enterré à Yongling.
La tombe et ses musiciennes
Contrairement à la plupart des tombes impériales, la chambre de Yongling fut construite d'abord au sol, puis recouverte d'un tertre de terre. Lors de sa fouille en 1942, les archéologues découvrirent le sarcophage de pierre de Wang Jian. Autour, en bas-relief, se trouvent 24 musiciennes jouant un orchestre de cour Tang complet : pipa, cithare, flûte, tambour, flûte de Pan, etc. Elles sont parmi les plus belles images de musique Tang qui subsistent, un orchestre gelé d'il y a mille ans. Le portrait en pierre de Wang Jian, l'un des très rares portraits impériaux réalistes, subsiste aussi.
Quoi voir
- Le palais souterrain voûté de briques, frais et étonnamment intact.
- Les reliefs des 24 musiciennes autour du plateau du sarcophage.
- Un petit musée au sol montrant la ceinture de jade du roi, les sculptures et des copies de ses trésors.
Les musiciennes du sarcophage de pierre
La raison de descendre dans la chambre souterraine n'est pas l'empereur lui-même mais les vingt-quatre musiciennes de pierre sculptées autour de son sarcophage. C'est le témoignage le plus complet qui subsiste de la musique et de la danse dans la Chine du Xe siècle : les instruments qu'elles tiennent, la façon dont elles sont assises, l'inclinaison de leur tête. Les voir, c'est entendre, par l'imagination, l'orchestre de cour qui accueillait Wang Jian dans l'au-delà. Rares sont les sites de Chine où l'on peut se tenir aussi près d'un monde sonore entier figé dans la pierre.
La tombe est petite et fraîche, et l'on y descend prudemment par un escalier moderne. Prévoyez une heure, et ne manquez pas la vitrine des objets d'or et de jade retrouvés dans la salle latérale. Le site occille au milieu d'un parc très animé ; combinez la visite avec une promenade et, à proximité, un bol de thé. C'est l'un des trésors les plus discrets et les plus sous-estimés de Chengdu.
Informations pratiques
- Adresse : 10 route Yongling, district de Jinniu, centre de Chengdu
- Transport : métro ligne 2 à Tonghuilin ou ligne 5 à Huaishujie, puis un court taxi ; des panneaux mènent au petit parc
- Horaires : environ 8 h 30-18 h ; la chambre souterraine peut fermer brièvement pour conservation
- Billet : un tarif modeste, environ 20 yuans
- Conseils : c'est calme et peu fréquenté, une halte parfaite d'une heure. Emportez un vêtement chaud, la voûte reste fraîche. Regardez bien les instruments des musiciennes, chacun est un instrument Tang nommé.
Depuis mille ans, les 24 musiciennes jouent dans le noir. À Yongling, vous pouvez encore les entendre.